Rencontre avec le dessinateur Emmanuel Reuzé avec les élèves de Tle PLP PCE

Ce mardi 25 mai, les élèves de la classe Terminale bac pro PLP/PCE et leur professeur ont donné rendez-vous en visio avec le dessinateur et scénariste Emmanuel Reuzé qui a adapté en BD le roman de Didier Daeninckx « Cannibale », aux éditions Eleonore Paquet.

Combien de temps pour faire un album ?

Les questions défilent : combien de temps pour un album ? comment avez-vous fait pour dessiner le visage de Gocéné ?

Pour Cannibale comme pour une Bd en général il faut environ 1 an, une fois la BD terminée, elle passe chez le correcteur pour l’orthographe, puis chez l’imprimeur et enfin chez le distributeur avant d’apparaître en librairie.

Le choix de « Cannibale » de Daeninckx

Pour Cannibale, j’ai emprunté chez un ami le roman de Didier Daeninckx, ce livre m’a tellement marqué par sa dramaturgie : un couple d’amoureux emmené de force en France puis séparé et l’impossible de la recherche de sa bien-aimée pour le jeune kanak dans un lieu que l’on ne connaît pas. Sur le plan historique aussi, il y a cette exposition coloniale gigantesque avec le temple d’Angkor à l’identique mais aussi évidemment tout ce que l’on a fait subir à ces kanaks. J’en ai parlé à mon éditeur pour une adaptation. Mon éditeur a contacté l’auteur et j’ai commencé à lui envoyer mes planches de dessin.

Sa technique de dessin

En ce qui concerne ma technique, je dessine au pinceau et au feutre pour les traits plus fins sur un grand format, ensuite je scanne. Le lettrage et les bulles se font avec l’informatique.

Adapter le choix de la première personne qans le personnage principal s’exprime

Pour ce roman à la première personne, il fallait une correspondance dans la manière de raconter l’histoire, une correspondance visuelle. Pour la subjectivité, c’est comme si le lecteur est à côté ou derrière le personnage et on voit ce que voit le personnage donc il n’y aura pas de contrechamp si c’est un autre personnage que Gocéné qui s’exprime.

Le dessin du jeune kanak Gocéné

Pour dessiner Gocéné, je n’avais pas les moyens de me rendre en Nouvelle-Calédonie, j’ai rencontré un jeune kanak étudiant des beaux-Arts d’Angers et je lui ai demandé de le prendre en photos sous plein d’angles différents. Il m’a aussi fourni des photos de famille car sur internet je ne trouvais que des clichés touristiques.

Comme les deux medium (roman et BD) ne fonctionnent pas pareils, j’ai privilégié certaines actions comme presque l’arrêt sur image du compagnon de Gocéné, Badimoin qui tombe à terre touché par une balle dans le dos. C’est la suite de dessins qui a une signification.

Le format de 56 pages

Le format BD est soit de 46 ou de 56 pages uniquement pour des raisons techniques. Comme huit pages sont imprimées en même temps, il faut un multiple de 8 !

La réalité historique

Pour « ce qui est vrai et ce qui est faux », tout est vrai dans la partie historique, l’exposition coloniale, les kanaks partis en Allemagne en échange de crocodiles. Le grand-père de Karembeu faisait bien partie de ces kanaks emmenés à L’Exposition coloniale de paris en 1931. En revanche dans ma BD les kanaks habitent dans le village kanak alors qu’en réalité ils étaient au jardin d’acclimatation pas très loin des crocodiles. Gocéné lui est un personnage de fiction.

Le choix des couleurs

Pour les couleurs, j’ai différencié la Nouvelle-Calédonie qui m’évoque des couleurs très saturées et très réalistes comme l’orange, le bleu, le vert alors que Paris en hiver est tout gris. Les tons sépia évoquent le passé et là il s’agit de l’année 1931. J’ai aussi utilisé des camaïeux de bleu.

Dans ma BD aussi adaptée de Didier Daeninckx, Le retour d’Ataï, on retrouve Gocéné et ses camaïeux de couleurs.

La formation d’Emmanuel Reuzé

Comment êtes-vous devenu dessinateur et auteur de BD ?

Je lisais beaucoup enfant, Tintin, Astérix et Lucky Luke, j’ai relu 30 ou 40 fois Astérix. En 6ème, j’étais dans une grande ville et j’ai donc pu m’inscrire à la bibliothèque. J’ai ainsi découvert Gotlib. Plus tard en seconde, j’ai beaucoup admiré Bilal.

J’ai fait l’école des Beaux-arts dans laquelle la BD est peu représentée, c’est un art populaire. Je suis autodidacte pour le dessin de BD.

Faut pas prendre les cons pour des gens, chez Fluide glacial

Parlez-nous de votre BD publiée chez Fluide glacial « Faut pas prendre les cons pour des gens » ?

J’aime l’humour absurde et la satire sociale, je prends tout ce que je n’aime pas dans la société pour cette BD qui comporte deux tomes et je suis en train de finir le troisième tome. J’apprécie les Monty Python et j’aime beaucoup le cinéma italien des années 60-70 avec des films tels que « Affreux, sales et méchants » ou « Les monstres ».

Après cet échange passionnant avec l’auteur, les élèves ont pu découvrir de nouvelles facettes pour éclairer d’une autre manière la façon d’appréhender cette œuvre d’adaptation fidèle à l’œuvre originale pour le texte et réellement très créative sur le dessin des planches de BD.

Emmanuel Reuzé, un auteur à découvrir absolument !

 



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